Les températures ont baissé, les jours ont diminué et les décorations et illuminations de Noël ont fait leur apparition autour de nous. Mais ce n’est pas pour autant que nous nous sentons tous submergés par une vague de bonheur. L’approche du 25 décembre, traditionnellement placé sous le signe des réunions familiales, est également l’objet d’une injonction à déborder de joies et d’amour qu’il faut exprimer au travers de cadeaux soigneusement choisis. La société de consommation nous a construit une sorte conte de fées et de fantasmes autour de Noël dont il est difficile de sortir sans culpabiliser. Pourtant pour beaucoup d’entre nous, c’est un moment qui peut s’avérer compliqué, stressant ou angoissant.  Assurer les préparatifs : planifier les déplacements, faire les courses, trouver le cadeau parfait pour chacun vient s’ajouter au quotidien déjà bien rempli et représente un coût non négligeable. Faire le choix d’assister au repas de famille, mettre les vieilles rancœurs de côté et enfiler le masque du bonheur dans la famille parfaite peut s’avérer pesant et stressant. Cette injonction au bonheur peut aussi devenir une véritable vague scélérate qui emporte tout sur son passage en ravivant la tristesse et la douleur de ceux qui ont perdu un proche ou vivent dans l’isolement et la solitude.

Dans mon enfance Noël était une période de retrouvailles familiales chez mes grands-parents maternels, où le père Noël passait durant la nuit et laissait avec les cadeaux un peu de barbe sur le petit verre de liqueur disposé devant la cheminée pour lui donner du courage et l’aider à se réchauffer pour terminer sa tournée. Après le décès de mon grand-père, la charge de l’organisation de cette fête a été transférée progressivement sur ma maman, du moins quand nous n’étions pas expatriés. Je n’ai pris conscience du fait qu’elle était le pilier de l’organisation de Noël, de la charge psychologique et émotionnelle que cela représente, qu’après son décès. Pendant de nombreuses années, j’ai redouté l’approche de cette période qui comme pour beaucoup de personnes qui ont perdu un parent ou un proche fait ressortir la douleur de l’absence, le chagrin, les regrets et nous confrontent aussi à la douleur de ceux qui partagent cette perte avec nous… Mais le travail personnel et le temps qui passe, m’ont permis d’aborder à nouveau cette période avec plus de sérénité. Le fait d’avoir été confrontée à la maladie au quotidien dans mon travail d’accompagnante en milieu hospitalier m’ont amené à voir la vie et Noël avec d’autres yeux. Noël est devenue avant tout l’occasion de célébrer la chance d’être vivante, en bonne santé, entourée de ceux que j’aime, qui sont toujours présents et de pouvoir passer du temps avec eux ; d’apprécier la chance d’avoir non seulement un toit sur la tête mais une maison confortable, de pouvoir non seulement manger à ma faim mais partager une cuisine gourmande pour régaler chacun…

Parfois il m’arrive de partager la table de Noël avec des amis, profiter de la soirée pour lancer un jeu de société ou entonner quelques chansons, regroupés autour d’un piano. Un jour proche je l’espère la table s’agrandira pour accueillir mes beaux-fils, leurs compagnes et leurs enfants pour continuer à célébrer la VIE.

Ce qui est important pour moi c’est d’être « ensemble » – peu importe le nombre, se respecter et « partager ». Voilà mes véritables cadeaux et ceux-là sont bien éloignés des préceptes de la société de consommation. J’essaie de vivre l’instant présent en conscience.

Je n’oublie pas mais j’essaie de célébrer mon présent en honorant le passé.

Et vous comment abordez-vous Noël ?

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